Contribution de Jean-Michel Cornu

De Intercoop.

Ce thème qui peut sembler surprenant au premier abord me semble très pertinent. En effet, dans l'évolution de l'internet, on voit des tensions entre des visions centralisées ou pair à pair, des tensions sur la neutralité du réseau, etc.

Une des raisons pour laquelle l'architecture du réseau et de certaines de ses applications posent problèmes à certaines sociétés et certains gouvernements est que cela remet en cause le modèle économique simple du péage (plus facile à mettre en place sur un serveur centralisé que sur un service pair à pair, plus facile avec un opérateur incontournable pour accéder au réseau qu'avec un réseau ad-hoc de type TerraNet pour la téléphonie mobile).

On peut soit simplement opposer les logiques financières et les logiques innovantes ; soit au contraire chercher ce qui permet de les réconcilier. Par exemple, il y a quelques temps à la Fing, nous avions réunis les acteurs de la musique en ligne (pour et contre Davsi à l'époque) et nous les avons fait plancher sur le repérage de nouveaux modèles économiques dans ce domaine. Le résultat a été extrêmement positif ("musique et numérique : la carte de l'innovation http://musique.fing.org/) : il existe de très nombreux exemples qui montrent que l'on peut rémunérer les créateurs sans contraindre les usages (et souvent en proposant certains usages gratuits du type : téléchargez gratuitement ma musique et vous aurez surement envie de venir à mon concert).

Je crois que les modèles économiques sont un des points clés du développement du futur. Il y a eu la première phase avec une innovation technologique, une deuxième phase ou l'innovation d'usage est venue s'ajouter à l'innovation technologique comme moteur majeur et je pense que nous entrons dans une nouvelle phase ou l'innovation économique va s'ajouter aux deux autres (elle existe déjà mais elle devrait devenir majeure pour la suite).

L'innovation économique peut être prise au sens large. Elle prend également en compte l'innovation sur les monnaies (Thierry et Richard qui sont en copie seront très certainement d'accord) : on croit en général la monnaie comme aussi figée que ... notre climat. Tout comme le climat, la monnaie peut être extrêmement variée. De nouvelles initiatives qui dépassent le cercle des SEL pour passer à l'échelle peuvent voir le jour grâce au net (Openmoney) et au téléphone portable (SOL...). Mieux encore, des monnaies complémentaires permettent d'équilibrer les instabilités de la finance globalisée (le WIR en Suisse) ou encore poussent à des comportements désirables mais pas toujours aussi naturels comme à Bali ou une monnaie à destination culturelle existe depuis 850 AP JC (une monnaie culturelle est aussi en préparation avec le gouvernement flamand); On peut aussi penser à une monnaie qui favorise le développement durable (Bernard Lietaer) ou une monnaie qui favorise l'innovation ? (la monnaie actuelle basée sur la dette avec intérêt n'est utile que pour faire de la croissance ce qui était justifié à l'époque des grandes conquêtes où on a commencé à créer de la monnaie à partir de la promesse de remboursement d'un emprunt).

Bref le terme d'économie 2.0 peut être mal compris en faisant penser que Autrans ne s'adresserait qu'aux entreprises, mais l'idée de l'innovation économique et monétaire pour tous et par tous me semble un thème extrêmement novateur, sur lequel il y a beaucoup à dire et absolument en phase avec l'évolution du numérique (d'ailleurs lorsque les imprimantes 3D se démocratiseront, ces questions de modèles économiques deviendront cruciaux pas seulement pour le numérique mais pour un certain nombre de biens matériels également dont certains pourront ainsi devenir open source...


Jean-Michel

PS : je prépare pour la rentrée un petit texte expliquant ce qu'est la monnaie et comment on peut innover pour la mettre au service de divers comportements