Contribution de Roger Nifle

De Intercoop.

C'est une grande satisfaction pour moi de voir qu'on en vient enfin à l'essentiel qui est à la croisée des potentiels d'internet (appelant ainsi tout le phénomène d'usages et de moyens associés) et d'une mutation de civilisation.

Tout à fait d'accord avec Jean Michel sur les trois phases d'innovation avec quelques précisions. Première phase technologique disons plutôt à focalisation technologique, l'innovation technologique sera permanente mais c'est au sens propre l'accessoire. Deuxième phase les usages, en fait des services, des utilités, des solutions où la notion d'usage est ambigüe. S'agit-il des usages des technologies ou des usages sociaux ou professionnels par exemple auxquels les technologies répondent. La troisième phase c'est celle de la problématique économique. Nous y sommes et je vais développer. Au préalable je rappelle ce que je crois être la conception des types d'usages à trois stades de maturité; l'information, la communication, les relations(relations de proximité à distance) avec les connaissances et compétences associées.

Pour revenir à la troisième phase d'évolution, effectivement les problématiques économiques en sont emblématiques. Un modèle économique c'est quoi? Un système de valeurs et d'évaluation de la valeur, un système de production et d'échanges de "biens" et "services", un ensemble humain où ces deux systèmes corrélés sont pertinents. La monnaie évidemment ne peut exister que dans un tel contexte de confiance pour qu'elle soit bien le signe des valeurs et des échanges. Nous arrivons à l'économie communautaire. Il faut une communauté de valeurs et d'enjeux pour qu'il y ait un modèle économique durable. Ce modèle économique exprime les façons culturelles d'exister ensemble évaluées selon le Sens du bien commun (ou n'importe quel autre mais à quoi ça servirait de concevoir des modèles économiques de prédation ou d'aliénation. Le modèle de l'économie communautaire est un méta-modèle des modèles économiques que l'on cherche à inventer.

Dit autrement, après la conception systémique des réseaux ouverts, anonymes, des réseaux sociaux qui sont des places publiques, des plateformes d'expression et de rencontres on en vient aux affaires de la cité c'est-à-dire à des enjeux qui sont ceux d'un monde propre à une communauté d'enjeu et de valeurs, capable de se doter d'un modèle économique durable (question de développement approprié). Bien sûr la considération des ensembles communautaires complexes, à toutes les échelles, nous éloigne de l'idée de mondes clos, de communautés fermées.

L'innovation porte cette fois sur des usages mais des usages qualifiés par le monde culturel, la communauté où ils s'inscrivent. Nous en venons à la mutation de civilisation dont l'une des caractéristique c'est la reconfiguration des affaires humaines dans des ensembles communautaires, souvent nouveaux moins handicapés par les contraintes physiques que par le passé. ça demande à être médité pour éviter les ornières idéologiques ou les simplifications traditionnelles. Du coup on peut se mettre à penser des univers communautaires et leur économie propre. Communautés territoriales de toutes les échelles, communautés d'enjeux de toutes sortes, dont les entreprises, les institutions, les groupements; mais aussi les équipes, les groupes politiques, les associations, les mouvements, les rassemblements etc.

J'y travaille depuis pas mal de temps et vous trouverez ci-dessous les thèmes évoqués ici.

La crise économique et financière (l'actualité d'une mutation qui s'accélère)

L'économie communautaire (avec tous ses ingrédients dont la question de la monnaie)

Le paradigme communautaire avec ses différents volets dont la démocratie communautaire, la gouvernance, la socio-performance, l'ingénierie des situations, etc.

Il y a là aussi d'autres textes, notamment associés aux usages d'internet [1]